Cette compétition aurait dû être 100% joie, 100% football, 100% fraternité. Mais un invité indésirable s'est glissé, encore une fois, au sein de la fête : Cet invité, c'est le racisme — le 13e homme — Il prend plusieurs formes, mais il est bel et bien là : murs administratifs, commentaires désobligeants, arbitrages controversés, joueurs et coachs maladroits, supporters et fans déchainés... Il attaque à tous les niveaux... Il a même privé nos peuples de leur 12e homme (le public) pourtant, si important pour le moral des équipes. Quel dommage ! Mais la fête du football continue HEUREUSEMENT !
Le premier choc est arrivé dès la deuxième journée du tournoi. Le 12 juin, lors du match Corée du Sud-Tchéquie à Guadalajara, la youtubeuse sud-coréenne Ino Cat — suivie par plus de six millions de personnes — a filmé dans les gradins un supporter mimant des yeux bridés avec ses doigts. Le supporter, identifié comme Ulises Bernal, président de l'Ordre des ingénieurs en géomatique et topographie de l'État de Jalisco, a déclenché un tollé sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, c'est l'Allemagne qui a fait parler d'elle : Bastian Schweinsteiger, légende du football allemand, a tenu des propos sur la Côte d'Ivoire et le football africain qui ont suscité des accusations de racisme, relançant le débat sur la manière dont le football africain continue d'être dépeint par certains médias et figures européennes. Et l'arbitrage n'a pas été épargné : un arbitre VAR d'origine australienne, M. Evans, a été accusé d'avoir effectué un geste suprémaciste blanc lors du match Allemagne-Curaçao, avant d'être blanchi par la FIFA qui a estimé qu'il s'agissait d'une coïncidence malencontreuse.
Mais le racisme sur le terrain n'est pas le seul mal de cette compétition. Un décret américain affectant les citoyens de 39 pays — dont des nations qualifiées comme Haïti, l'Iran, la Côte d'Ivoire et le Sénégal — a empêché la plupart des supporters ordinaires de ces pays d'obtenir un visa pour assister aux matchs, des exemptions n'étant accordées qu'aux athlètes, entraîneurs et personnel essentiel. Un programme distinct de caution visa a même initialement exigé des supporters de cinq nations africaines le versement de dépôts pouvant aller jusqu'à 15 000 dollars — une exigence temporairement suspendue en mai 2026 pour les détenteurs de billets. Le cas le plus marquant reste celui de l'arbitre somalien : élu meilleur arbitre de la CAN en janvier 2026, Omar Artan a atterri à Miami pour rejoindre le camp d'arbitrage, mais a été interrogé pendant 11 heures par la police avant de devoir rentrer chez lui en Somalie, sans pouvoir officier. Selon l'avocat congolais Roger Magayane, spécialiste du droit du sport, la FIFA a dans ce cas précis "fermé les yeux", alors que l'article 4 des statuts de la fédération interdit pourtant toute discrimination fondée sur l'origine nationale. Nos frères et sœurs ivoiriens, sénégalais, haïtiens et iraniens ont ainsi été privés du droit le plus simple : encourager leur équipe de foot dans les tribunes.
Face à ces polémiques, certaines réponses ont été positives. Le supporter mexicain Ulises Bernal a présenté ses excuses officielles à la supportrice sud-coréenne victime de racisme, un geste salué sur les réseaux sociaux comme exemplaire. La FIFA a mis en place depuis 2024 une procédure formelle de signalement des incidents racistes — un geste antiracisme permettant aux joueurs et arbitres centraux de signaler tout incident, pouvant déclencher l'interruption ou l'arrêt définitif d'un match — supervisée par un panel "Voix des joueurs" présidé par la légende George Weah. Côté visas, le président de la FIFA Gianni Infantino a annoncé la mise en place du "FIFA PASS", un système de rendez-vous prioritaires pour les entretiens consulaires, qu'il a présenté comme fonctionnant plutôt bien pour de nombreux supporters. Mais attention : ce dispositif ne donne aucune garantie d'obtention de visa et ne s'applique pas aux pays soumis à des restrictions complètes ou partielles comme la Côte d'Ivoire et le Sénégal — il ne fait qu'accélérer un rendez-vous, sans changer l'issue. Pour de nombreux juristes, ces mesures restent insuffisantes : certains évoquent la nécessité d'une révision des règles FIFA pour inclure des obligations précises de délivrance de visas pour supporters, arbitres et officiels, assorties de pénalités financières, voire de la création d'un organe arbitral indépendant capable de statuer en urgence sur ce type de cas.
Et c'est peut-être là, finalement, la plus belle des réponses à ce fléau. Pendant que certains continuent de minimiser le niveau du football africain ou que des murs administratifs bloquent nos supporters, nos Éléphants de Côte d'Ivoire ont écrit l'histoire en se qualifiant pour la première fois pour les 16e de finale. Le Maroc, le Ghana, le Cap-Vert, l'Algérie — cinq nations africaines qualifiées pour l'élimination directe, du jamais-vu ! La meilleure réponse aux clichés et aux frontières fermées, c'est le terrain qui la donne, match après match.
Cette compétition se serait bien passée de ce 13e homme et de ce 12e homme manquant. Pour l'avenir, plusieurs pistes concrètes méritent d'être portées : l'inscription d'obligations contraignantes de délivrance de visas dans le cahier des charges d'attribution d'une compétition FIFA, avec de vraies sanctions financières en cas de non-respect ; la création d'un organe arbitral indépendant capable de statuer en urgence, comme dans le cas d'Omar Artan ; un renforcement réel et uniforme du protocole antiraciste, appliqué avec la même rigueur pour tous, sans double standard selon l'origine de l'auteur des faits ; et enfin, une vigilance accrue des fédérations africaines elles-mêmes pour défendre leurs ressortissants auprès des instances internationales. On continuera de surveiller l'évolution de ce 13e homme tout au long de la compétition — et on garde espoir, porté par la fierté de voir nos équipes de foot africaines briller sur la plus grande scène du monde.
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