Djo, on va être honnête : ce soir-là, personne n'a reconnu les Bleus. La bande à Deschamps, invaincue depuis le début de la compétition avec six victoires sur six, visait une troisième finale planétaire d'affilée après 2018 et 2022. Sauf que l'Espagne, elle, n'était pas venue à Dallas pour faire de la figuration. Résultat : 2-0, et une France qui range les crampons plus tôt que prévu. Ça a fait mal au cœur, même pour nous qui sommes loin de l'Hexagone.
Devant un Dallas Stadium à guichets fermés, Didier Deschamps avait aligné son 4-2-3-1 habituel : Maignan dans les cages, une défense Koundé-Upamecano-Saliba-Digne, Tchouaméni et Rabiot au milieu, et devant, le trio Dembélé-Olise-Barcola pour alimenter Mbappé. En face, Luis de la Fuente misait sur Rodri et Fabian Ruiz en sentinelles, avec Yamal-Olmo-Baena chargés de servir Oyarzabal. Et très vite, la marche a été trop haute pour les Tricolores. Rabiot était averti dès la 9e minute pour une faute sur Dani Olmo, symbole d'une équipe qui courait derrière le ballon. Puis, sur un centre de Cucurella, Lucas Digne intervenait maladroitement sur Lamine Yamal dans la surface. Penalty, et Mikel Oyarzabal ne se faisait pas prier pour tromper Maignan (22e). Pour couronner une première période compliquée, William Saliba se blessait et cédait sa place à Maxence Lacroix (30e). En seconde période, malgré l'entrée de Manu Koné à la place de Rabiot, puis de Doué, Cherki et Theo Hernandez pour tenter de réveiller l'attaque, les Bleus butaient sur un bloc espagnol hermétique et un Unai Simón des grands soirs. Et c'est Pedro Porro qui enfonçait le clou après un une-deux avec Olmo, en concluant d'une frappe puissante (58e). Score final : 2-0, sans appel.
Franchement, c'est là que ça pique le plus. Olise, si tranchant depuis le début du tournoi, n'a quasiment jamais existé dans le money-time : peu de ballons touchés dans la surface, des débordements trop prévisibles, et une adresse aux abonnés absents. Mbappé, lui, a couru dans le vide toute la soirée, souvent seul face à une défense espagnole hyper disciplinée. Même Doué, entré pour apporter du sang neuf, a buté sur la vigilance d'Unai Simón après une belle occasion (81e). Côté espagnol, Lamine Yamal — celui-là même qui provoque le penalty — n'a pas totalement rassuré non plus : sa réalisation à la 61e a été refusée pour hors-jeu, et le prodige de 18 ans, tout influent qu'il était, n'a jamais vraiment mis le jeu espagnol à l'abri à lui seul. Mais dans l'ensemble, la maîtrise collective de la Roja a suffi à étouffer une équipe de France méconnaissable, sans énergie, presque irréelle par rapport à son parcours parfait jusque-là.
Le lendemain, les gros titres tricolores étaient sans appel. Un célèbre quotidien sportif évoquait une équipe "surclassée" par la Roja, pointant du doigt les absents et un onze en méforme. D'autres médias parlaient d'une "casse" à Dallas. Bref, l'unanimité était faite : cette élimination n'est pas un accident de parcours, c'est une franche correction assumée par une Espagne plus solide dans tous les compartiments du jeu.
Pour Didier Deschamps, ce revers a un goût particulier. Après avoir mené les Bleus en finale en 2018 et 2022, le sélectionneur voit son équipe stoppée en demi-finale, sans même avoir eu l'occasion de se battre pour une place dans le dernier acte. Une sortie amère qui relance forcément les questions sur l'après-Deschamps et sur le futur de cette génération dorée, Si Kylian Mbappé figure parmi les meilleurs joueurs de cette Coupe du Monde et reste l'un des principaux artisans du parcours français, il n'a toutefois pas réussi à faire basculer cette demi-finale . Derrière lui, la nouvelle vague incarnée (Doué, Cherki, Koné) qui a montré de belles choses en fin de match, trop tard pour changer le cours de l'histoire.
Et pendant qu'on pleure les Bleus, il faut aussi saluer une Espagne impériale. Meilleure défense du tournoi, un collectif huilé, un Luis de la Fuente qui a fait des changements payants (Ferran Torres, Pedri et Merino entrés en jeu pour verrouiller la fin de match), et des individualités qui répondent présent au bon moment — Oyarzabal sur penalty, Porro en pleine lucarne. La Roja, championne d'Europe en titre, avance en finale avec le statut légitime de grande favorite, et elle attend désormais son adversaire entre l'Angleterre et l'Argentine.
Djo, c'était dur à regarder pour les fans des Bleus, mais respect à cette Espagne qui joue collectif du premier au dernier match.
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