On pensait le sujet clos, ou du moins mis en pause le temps que la compétition avance. Erreur. Le 13e homme n'a jamais quitté le stade — il attendait simplement la prochaine occasion. Cette semaine, il a frappé deux fois : une fois dans les tribunes de Miami, contre un célèbre streamer venu vivre le foot comme un fan comme un autre ; une fois sur les réseaux sociaux, contre le capitaine de l'équipe de France, visé après un simple penalty. Deux terrains différents, une même maladie. Et cette fois, elle ne s'arrête pas au coup de sifflet.
Tout part d'un match de football classique. Le 4 juillet à Philadelphie, la France élimine le Paraguay en 8e de finale (1-0), sur un penalty transformé par Kylian Mbappé. Rien d'inhabituel jusque-là — sauf que la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla choisit de commenter la défaite de son pays en s'en prenant directement aux origines du capitaine français, à son éducation et à son physique, dans des publications qu'elle finira par supprimer. Mbappé ne laisse rien passer et lui répond publiquement, sans détour. La Fédération française de football hausse le ton à son tour : plainte pénale annoncée dans la foulée, propos qualifiés d'inacceptables. Le parquet de Paris ouvre une enquête. Sur ce coup-là, il n'y a pas eu besoin de VAR pour siffler la faute.
Pendant que l'affaire Amarilla enflamme les réseaux, un second incident se joue en tribune. Le streamer américain IShowSpeed, plus de 100 millions d'abonnés cumulés et grand habitué des retransmissions des matchs de foot depuis les gradins, est visé par un supporter argentin lors du match Argentine-Cap-Vert à Miami. Le comportement du supporter, filmé et largement partagé, pousse la FIFA à ouvrir une enquête dès le lendemain, avec un communiqué rappelant que ce type d'attitude n'a pas sa place dans le football. Ce n'est d'ailleurs pas un cas isolé : IShowSpeed rapporte avoir déjà été confronté à des situations similaires lors d'autres matchs de l'Argentine durant cette compétition.
Ces deux affaires en rappellent une troisième, plus discrète mais tout aussi révélatrice : les propos du sélectionneur belge Rudi Garcia sur l'équipe du Sénégal, jugés par plusieurs observateurs comme relevant de clichés raciaux déguisés en analyse tactique. Ce type de commentaire, presque banalisé dans le langage sportif, illustre une réalité que l'épisode 1 avait déjà pointée : le racisme dans le football ne se limite pas aux insultes frontales. Il se loge aussi dans les mots choisis pour décrire certains joueurs ou certaines équipes.
Face à l'ampleur de la polémique Amarilla-Mbappé, les réactions se multiplient. Le président français adresse publiquement son soutien à son capitaine. La ministre des Sports française dénonce une attaque contre les valeurs du pays. Le Bureau des droits de l'homme des Nations unies qualifie les propos de déshumanisants. La FIFA, de son côté, se dit profondément affectée par les deux affaires et rappelle l'existence de son panel "Voix des joueurs", présidé par George Weah, dédié à la lutte contre le racisme dans le football. Amarilla finira par publier une lettre ouverte en français et en espagnol, affirmant avoir supprimé ses publications — et expliquant, alors qu'elle est elle-même métisse, avoir grandi avec ce genre d'insultes et de propos.
Le 13e homme n'a pas quitté la compétition, il a juste changé de terrain. Après les stades, les frontières administratives et l'arbitrage évoqués dans notre premier article, c'est désormais les réseaux sociaux et l'espace politique qui deviennent le théâtre de ses attaques. La bonne nouvelle, c'est que la vitesse de réaction s'est nettement améliorée : plaintes déposées en quelques heures, enquêtes de la FIFA ouvertes en 24h, soutiens politiques immédiats. La mauvaise nouvelle, c'est que le nombre d'épisodes continue d'augmenter. Une chose est sûre : tant que la compétition durera, on continuera de suivre ce 13e homme — dans l'espoir qu'un jour, il finisse par être expulsé pour de bon. Pour suivre toute l'actu du foot de cette compétition, reste connecté à la chaîne NWSport dans Max it .